3 - Le Musée Égyptien du Caire

 

J2 - Le Musée Égyptien du Caire

 

Musée

 

Au milieu du XIXᵉ siècle, l’Égypte vit une période de fouilles massives, souvent anarchiques. Les objets partent en Europe, les tombeaux sont pillés, les collections s’éparpillent.

Face à cela, Auguste Mariette, jeune archéologue français passionné, est choqué de voir des trésors partir sans aucun contrôle. Il persuade alors le gouvernement égyptien de créer un Service des Antiquités et un musée pour conserver les découvertes.

En 1858 est donc fondé un premier musée, véritable acte fondateur : pour la première fois, l’Égypte a les moyens de garder ses propres antiquités. Mais très vite, face à une collection qui ne cesse de croître, l'espace manque et l’idée d’un grand musée national devient incontournable.

C'est ainsi que le Musée Égyptien du Caire est inauguré en 1902. Il est alors le plus grand musée d’archéologie au monde consacré à une seule civilisation.

Sa force résidait dans la magie de son atmosphère. Ce musée "d’accumulation", unique au monde, exposait presque tout, dans un esprit encyclopédique hérité du XIXᵉ siècle. Des milliers d’objets offraient aux visiteurs un sentiment d’immersion totale dans la civilisation pharaonique, à travers un chaos organisé donnant l’impression de se promener dans le grenier d'un pharaon.

Devenu à son tour trop exigu, ce monument historique a cédé sa place au Grand Musée Égyptien (GEM) le 1er novembre 2025.

 

La palette de Narmer

Découverte en 1894 à Hiérakonpolis, la palette de Narmer est une plaque de schiste vert dont les deux faces racontent le règne du pharaon Narmer, tout premier pharaon de la Iʳᵉ dynastie vers 3100 av. J.-C. Narmer est considéré par beaucoup d’égyptologues comme le premier pharaon ayant unifié la Haute et la Basse-Égypte, posant ainsi les fondations de l’État pharaonique.

La palette de Narmer, face avant

 

Dans le registre supérieur se trouvent deux visages féminins à oreilles et cornes de vache, généralement interprétés comme étant la déesse Hathor. Entre ces deux visages divins apparaît le serekh, ancêtre du cartouche royal. Il indique le nom du roi, “Nar-mer” (silure + massue).

Le deuxième registre montre Narmer terrassant un ennemi. Il ne s'agit pas de la première représentation connue de cette posture, mais c’est la première fois que cette scène est utilisée pour représenter clairement un roi.

Le geste n’est plus une simple victoire militaire mais un acte fondateur de l’unification du pays. Par la suite, il devient un motif canonique de l’idéologie pharaonique, qui sera répété pendant plus de 3000 ans.

Narmer porte la couronne blanche de Haute-Égypte (hedjet). Il est vêtu d’un pagne et d’une ceinture ornée d’une queue de taureau, symbole de puissance. Son bras droit est levé, tenant une massue prête à frapper. De sa main gauche, il saisit un ennemi par les cheveux. Ce dernier, agenouillé, est représenté dans une position de faiblesse totale et symbolise les peuples soumis par le roi.

À droite se trouve le dieu Horus, sous la forme d’un faucon perché sur des tiges de papyrus symbolisant la Basse-Égypte. La scène montre donc la soumission de la Basse-Égypte.

Derrière le roi se tient le porteur de sandales, grand officier du roi, chargé des objets sacrés du roi (sandales, jarre rituelle). Il veille sur la personne du pharaon et souligne sa dimension sacrée.

Dans le registre inférieur se trouvent des ennemis vaincus. Il sont représentés nus, morts et de manière désarticulée. Ils sont la preuve visuelle des victoires militaires du roi.

La palette de Narmer, face arrière

 

Le registre supérieur est identique à celui de la face avant. On y retrouve la déesse Hathor et le serekh indiquant le nom de Narmer.

Le deuxième registre montre la procession triomphale de Narmer.

Le roi porte cette fois la couronne rouge de Basse-Égypte (deshret), symbole de conquête et d'unification des Deux Terres. Le roi avance dans une procession de triomphe. Il tient le fléau nekhekh et une masse, symboles du pouvoir royal et est vêtu d’une longue tunique cérémonielle.

Derrière lui se trouve à nouveau le porteur de sandales. Devant le roi marchent un scribe et quatre prêtres porte-étendard.

Devant eux sont représentés dix ennemis morts, alignés. Ils sont décapités, leur tête placée entre les jambes. C’est un acte visant à détruire le ka de l’ennemi en l’empêchant d’exister dans l’au-delà.

Ce rituel est un signe de triomphe total du pharaon.

On peut voir dans le troisième registre deux serpopards, animaux fantastiques, créatures léonines à long cou serpentin. Leurs cous s’entremêlent pour former un cercle parfait. C'est dans ce cercle qu'aurait été broyé le khôl sur une palette ordinaire, ce qui n'est évidemment pas le cas ici. Maîtrisés par deux dompteurs, ces monstres aux cous enlacés symbolisent la domination de Narmer sur deux entités puissantes, une union des Deux Terres. On peut y voir les prémices du sema-taouy.

Dans le quatrième registre figure le pharaon sous la forme d'un puissant taureau. Sous ce dernier, un ennemi est écrasé par la puissance du roi-taureau.

Devant lui, une enceinte fortifiée représentée par un mur crénelé est enfoncée, symbolisant la conquête par le roi d’une cité ennemie.

 

Colosses d'Amenhotep III

  

 

       La statuette de Khéops       

Elle représente Khéops, pharaon de la IVᵉ dynastie, assis sur un trône, coiffé de la Couronne Rouge de Basse-Égypte. Découverte en 1903 à Abydos, cette petite statue en ivoire de seulement environ 7,5 cm de hauteur est la seule représentation tridimensionnelle de Khéops intacte que nous possédons.

 

 

       Le Ka de Djoser       

Cette impressionnante statue de Djoser, haute de 142 cm, est sculptée dans un calcaire gris de Tourah. À l'origine entièrement peinte et stuquée, elle est considérée comme la plus ancienne sculpture de grandeur nature connue en Égypte.

Le pharaon, premier souverain de la troisième dynastie, est représenté assis, vêtu d'un manteau cérémoniel associé à la fête du Heb-Sed, rituel de renouvellement de la royauté. Il porte une perruque noire et la coiffe royale, le némès, ainsi qu'une barbe postiche cérémonielle. Les yeux étaient autrefois incrustés.

Dans une attitude qui deviendra conventionnelle, le roi a le poing droit serré, posé au niveau du cœur. Sa main gauche, doigts tendus est, elle, à plat sur sa cuisse. Ses pieds nus reposent sur un socle sur lequel est inscrit son nom d'Horus, Nétjérikhet.

 

 

       La statue de Khéphren       

Statue de Khéphren

En 1860, alors que les équipes d'Auguste Mariette fouillent le temple de Khéphren à Gizeh, une fosse contenant des statues du roi est découverte. Seule l'une d'entre elles était intacte... Mais quelle statue !

Chef-d'œuvre d’équilibre et de majesté, taillée dans un bloc de diorite, elle représente le pharaon Khéphren assis sur son trône, les bras posés sur les cuisses. Il s’agit du portrait idéal, intemporel, du pharaon-dieu.

Depuis, elle ne cesse de fasciner les visiteurs par sa perfection, la puissance qui en émane ainsi que par son regard. De plus, son nez est intact !

Sur les côtés du trône, on retrouve le sema-taouy. Ce motif caractéristique est composé des deux plantes représentant la Haute et la Basse-Égypte : le lotus et le papyrus, noués ensemble, symbolisent l'union des Deux-Terres.

 

L'impression de puissance dégagée par la statue est renforcée par la présence du dieu Horus, faucon placé derrière la tête du roi. Ses ailes déployées épousant l’arrière du némès, Horus semble littéralement enlacer le pharaon de ses ailes protectrices.

Il exprime ainsi la protection accordée au roi et au trône d'Égypte.

La taille de ce faucon, représenté à une échelle relativement plus petite que Khéphren, reflète bien l’idée de la divinité du roi.

 

Le scribe assis de "Morgan"

Cette statue en calcaire peint représentant un scribe assis, jambes croisées, tenant un rouleau de papyrus déployé sur les genoux a été découverte en 1893 à Saqqarah par Jacques de Morgan.

Elle date de l’Ancien Empire, probablement la Vᵉ dynastie. Ses yeux incrustés (quartz, cristal de roche, cuivre) lui donnent une présence presque vivante.

 

 

       La triade de Mykérinos       

En 1908, lors des fouilles du temple de funéraire de la pyramide de Mykérinos, l'égyptologue américain Georges Andrew Reisner découvre de nombreuses statues, dont les très connues "Triades de Mykérinos", l'un des plus beaux groupes de sculpture de l'Ancien Empire.

Toutes représentent le pharaon Mykérinos accompagné de deux divinités : l'une d'entre elles est toujours la déesse Hathor, l'autre est la personnification d'un nome (division administrative).

Le style des personnages est très rigide, solennel, presque figé. Le pharaon est coiffé de la couronne blanche de la Haute-Égypte. Son corps est athlétique et il est vêtu du shendyt, le pagne plissé.

La déesse Hathor se trouve à sa droite.

Elle porte la coiffe tripartite surmontée du disque solaire entouré des deux cornes de vache.

 

Le troisième personnage, qui diffère sur chaque triade, symbolise un nome identifiable par un emblème particulier qui se trouve sur sa tête et par les inscriptions hiéroglyphiques.

 

Rahotep et Nofret

Le couple le plus célèbre du musée a été découvert à Meydoum en 1871. Depuis plus de 4500 ans, Rahotep et son épouse Nefret se tiennent côte à côte, regardant dans la même direction, en une union, une communion qui défient l'éternité. Appartenant à la IVᵉ dynastie, ils faisaient tous les deux partie de la famille royale. Les yeux des statues, dont l'iris est en cristal de roche, leur donne un regard étincelant de vie.

 

 

       Hatchepsout       

La reine Hatchepsout est la femme dirigeante la plus célèbre de l'Égypte ancienne. Cette tête colossale en calcaire peint faisait partie d'une statue la représentant sous la forme du dieu Osiris.

Celle qui a régné pendant la XVIIIᵉ dynastie (vers 1479-1458 av. J.-C.) est souvent représentée comme un roi masculin, ce qui était une pratique courante pour affirmer son autorité dans une société dominée par les hommes.

La tête de la reine Hatchepsout porte ici toutes ses caractéristiques féminines distinctives : les sourcils doucement incurvés, les yeux larges étendus par des lignes cosmétiques, le nez aquilin délicat, les joues complètes et la bouche gracieuse.

Cette tête spécifique fait partie d'une statue plus grande qui est souvent associée à son temple monumental à Deir el-Bahari. La statue et la tête sont importantes parce qu'elles sont des exemples clairs de sa représentation dans l'iconographie royale officielle, qui combinait à la fois des éléments féminins et masculins. La tête elle-même est un artefact rare et important, illustrant son style distinctif et la nature unique de son règne.

 

Le Ka de Hor

Cette statue en bois représente le Ka du roi Hor, pharaon de la XIIIᵉ dynastie. Manifestation essentielle de l’âme dans la pensée égyptienne. Le Ka, force vitale du souverain, devait continuer d’exister après la mort, recevoir des offrandes et préserver la présence du roi dans le monde des vivants.

Le hiéroglyphe aux bras levés fixé au-dessus de la tête fait de cette œuvre une icône singulière du Moyen Empire. Découverte dans la tombe de Hor à Dahchour, la sculpture impressionne par la finesse de son modelé, la puissance tranquille de son regard incrusté et l’équilibre subtil entre naturalisme et idéal royal.

 

 

Le Sphinx d'Amenemhat III

Sphinx de granit d'Amenemhat III, pharaon de la XIIᵉ dynastie (Moyen Empire). Découvert à Tanis, il fait partie d'une série de sept sphinx retrouvés dans le delta oriental du Nil.

 

Montouhotep II

Montouhotep II, souverain de la XIᵉ dynastie et fondateur du Moyen Empire, réunit l’Égypte et rétablit l’ordre après la Première Période intermédiaire.

 

Le trésor de Psousennès Ier

Dans la nécropole royale de Tanis, en 1939 et 1940, l’archéologue français Pierre Montet met à jour plusieurs chambres funéraires inviolées. Il y découvre entre autres les sépultures de Psousennès Ier (XXIᵉ dynastie), de son fils Amenemopé, ainsi que de celle de Chéchonq II (XXIIᵉ dynastie).

À l'intérieur repose l'un des ensembles funéraires les plus spectaculaires découverts en Égypte, mais paradoxalement l’un des moins connus du grand public.